Dans l’univers vibrant du slam, son nom s’impose bien au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire. Noferima, c’est plus qu’un nom : c’est une voix libre, habitée, une énergie qui bouleverse les scènes et les cœurs. Elle représente cette vague nouvelle de poètes africains qui n’ont plus peur de parler vrai, de vivre intensément leurs émotions, et de les partager avec sincérité.
Une rencontre imprévue, un appel inattendu
Noferima n’est pas née dans les livres ni sur les bancs d’une grande école d’art. Elle est issue d’un parcours que certains auraient pu juger “classique” : un BTS en Ressources Humaines et Communication. Mais c’est précisément dans l’ombre de cette “normalité” qu’elle a trouvé sa singularité. Son déclic ? Une simple demande dans une radio à Yopougon, où elle devait lire un de ses textes à l’antenne, sur demande de son encadreur. Gênée, stressée, elle entre dans le studio avec hésitation. Mais dès les premiers mots, quelque chose se passe. Le silence se transforme en souffle, le trac s’efface, les mots s’envolent, et les auditeurs — bien qu’invisibles — ressentent la force de son message. Ce jour-là, une porte s’est ouverte. Elle ne s’est jamais refermée.
Le slam : une rencontre imprévue qui a tout changé
"Je n’ai pas choisi le slam. Il m’a rencontrée par inadvertance", dit-elle. Ce n'était pas prévu, mais ça semblait écrit. Le slam s’est présenté à elle comme un remède. Un exutoire, un refuge, une révélation. Dans cet art hybride entre poésie, musique, théâtre et performance, elle a trouvé un miroir fidèle, capable de refléter ses douleurs et ses espoirs sans filtre.
Elle puise son inspiration auprès de figures marquantes comme Malika Ouattara la slameuse du Burkina Faso, Annie de Côte d’Ivoire, ou encore Souleymane Diamanka et Capitaine Alexandre. Grâce à eux, elle comprend qu’on peut aborder la souffrance, le rejet ou les différences sans tabou. Mieux encore : ces failles deviennent la matière même de son art, des outils de lumière.
De l’anonymat à la reconnaissance mondiale
En rejoignant l’Association des Poètes Slameurs, elle se frotte à d’autres talents, partage des scènes avec entre autres, Bérénice Saraka, championne nationale de slam-poésie de Côte d'Ivoire 2022. Elle apprend, elle s’élève. Après plusieurs compétitions, dont deux podiums nationaux, elle remporte en 2023 le titre de championne nationale de slam en Côte d’Ivoire.
L’année suivante, elle participe à la Coupe du Monde de Slam à Paris. Face à des candidats venus de 17 pays, elle donne tout. Son texte, son énergie, sa foi. Résultat : 89,4 points sur 90. Elle devient la première Africaine à remporter ce titre. Une victoire personnelle, certes, mais surtout une victoire symbolique pour les femmes, pour la Côte d’Ivoire, pour toute l’Afrique.
Et ce n’est pas tout : elle monte aussi sur le podium au Togo, décrochant la médaille de bronze. À son retour, son pays lui rend hommage en la décorant Chevalière de l’Ordre du Mérite Ivoirien.
Une identité affirmée, une foi assumée
Noferima bouscule les conventions. “Je ne suis pas vraiment la femme qu’on attend”, dit-elle. Elle assume sa différence, son style, sa spiritualité. Son art n’est pas un cri de révolte, mais une offrande. Elle évoque souvent Dieu, la foi, la grâce, comme des moteurs essentiels. Elle avance avec confiance, portée par quelque chose de plus grand qu’elle.
En dehors du slam, elle garde une part de mystère. D’autres talents, d’autres projets ? Certainement. Mais elle préfère laisser ses actes parler d’eux-mêmes plutôt que de tout dévoiler.
Une étoile pour les générations futures
Aujourd’hui, Noferima est bien plus qu’une artiste : elle est une voix pour une génération qui se cherche, qui se reconstruit, qui ose enfin dire. Son sacre mondial a été salué par toute une nation, par des figures culturelles, politiques, et surtout par une jeunesse qui se reconnaît en elle.
Mais ce qui la rend unique, ce n’est pas seulement son palmarès. C’est sa manière d’incarner ses mots, de transformer sa fragilité en force, et de rappeler, à chaque scène, que l’art peut guérir.
Eugene N’Dri





