L’électricité, sa vie
C’est un euphémisme de dire que Sandrine Mubenga est passionnée par les énergies propres. Disons plutôt que l’électricité, c’est Sandrine. Jamais elle ne s’arrête quand il s’agit de question d’électricité, notamment d’énergies renouvelables, consciente de ce que cela procure aux populations afin qu’elles puissent améliorer leurs conditions de vie en même temps qu’elles combattent le changement climatique. « Je crois que l’électricité sauve des vies humaines. J’en suis la preuve, car j’ai failli mourir à cause du manque d’électricité. Cette expérience 68 entre la vie et la mort pendant 3 jours, instilla en moi la passion pour trouver une solution au manque d’électricité. C’est ainsi que je suis devenue ingénieure en électricité ». Aujourd’hui, Sandrine cumule plus d’une vingtaine d’années d’expérience en génie électrique et a notamment travaillé dans les sociétés General Electric et First Energy.
Le déclic
C’est en 2008 que son génie explose. Pour son projet de recherche pour l’obtention de la maîtrise à l’université de Toledo, dans l’Etat d’Ohio aux USA, elle réussit à rendre hybride une voiture électrique afin qu’elle puisse rouler indifféremment avec du gaz hydrogène ou du courant électrique. Pour cette innovation, l’université lui décerne le prix de la meilleure recherche de maîtrise du département de génie électrique (Most Outstanding Thesis). Et depuis, les innovations s’enchainent. En 2015, Sandrine Mubenga et son collègue décident de régler un problème lié aux batteries lithium-ion. Ils trouvent un procédé permettant d’augmenter la capacité et la longévité des batteries des voitures électriques ou hybrides.
L’invention intéresse peu les constructeurs automobiles. Qu’à cela ne tienne, Sandrine Mubenga l’utilise autrement, en récupérant les batteries des voitures — qu’on change tous les cinq ans alors qu’elles ont encore 80 % de leur capacité totale —. Ces batteries dites usagées, transformées avec le procédé qu’elle a appelé « bi-level equalizer », sont réutilisées pour alimenter les réseaux électriques. Cette innovation lui vaut en 2018, le prix de l’ingénieur de l’année, décerné par l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE).
Sandrine Mubenga a également développé un système solaire qui produit de l’hydrogène à partir de l’eau. « Ce projet a été financé par le Département d’énergie américain. Au fil des années, j’ai travaillé sur la conception de plusieurs centrales solaires totalisant 50 000 KW aux USA. Pour vous donner une idée plus concrète, 1 000 KW sont suffisants pour alimenter 160 maisons, donc 50 000 KW, c’est l’équivalent de l’électricité utilisée par 8000 maisons ». Énorme !
Chef d’entreprise
Pour atteindre le niveau de performance qui est la sienne, la dame originaire de la république Démocratique du Congo devait avoir une tête bien faite. Titulaire d’un Doctorat en génie électrique, Université de Toledo, Ohio, en 2017, la Congolaise est aussi entrepreneur. Avec l’entreprise qu’elle a fondée — SMIN Power Group — aux États-Unis, elle a également souhaité l’implanter en Afrique où le besoin en énergie est plus saillant. SMIN Power Group est ainsi présente à Kinshasa en RDC, depuis 2013. L’entreprise est spécialisée en design et installation de dispositif d’énergie renouvelable. Elle a droit de citer au Congo où la promotion et le développement des énergies renouvelables restent l’essence de son existence.
D’une responsabilité à l’autre
Son talent et ses nombreuses années d’expérience sont parvenus aux autorités de son pays. Une telle pépite, le pays ne peut se payer le luxe de passer outre. En juillet 2020, elle est nommée Directrice générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) par le président de la RDC.
Une opportunité qu’elle saisit pour poursuivre son rêve : électrifier toutes les contrées du pays. Désormais, c’est à elle que revient entre autres d’analyser et donner les avis sur les dossiers de demande de Production, de Transport, de Distribution, d’importation, d’exportation et de la Commercialisation de l’énergie électrique. Sandrine Mubenga pourra-t-elle s’arrêter ? Nul ne le sait. Malgré ses montagnes de responsabilité, elle a trouvé le moyen de fonder l’ONG STEM DRC Initiative, une organisation à but non lucratif qui offre des bourses à des étudiants congolais méritants.
Une politique pour aider les jeunes à se former à des carrières dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). L’Initiative STEM RDC estime que « la transformation sociale et économique de toute la nation suivra sûrement une augmentation de l’enseignement supérieur dans les domaines STEM. » Comment parvient-elle à concilier toutes ces taches ? « Cela demande beaucoup de travail, beaucoup de discipline personnelle, 70 beaucoup d’humilité, parce qu’il faut vraiment être humble pour recevoir des feedbacks et des commentaires de collègues pour vous améliorer ».
Louis Parfait BROU









